Faire le deuil de ce bébé qui ne sera jamais.

L’histoire de cette femme, dans le journal La Presse, qui a fait une fausse-couche dans une toilette d’hôpital, m’a involontairement replongée dans des souvenirs douloureux ce matin.

Parce qu’on n’oublie  jamais la perte d’un foetus, même si ça remonte à environ 7 ans et que les gens font trop souvent comme si c’était un fait anodin.

J’avais 27 ans et j’étais enceinte de mon premier bébé. Ma famille était déjà au courant malgré que j’en étais seulement à un 1 mois et demi de grossesse. Attendre un bébé,  c’est généralement une bonne nouvelle. Pis dans ta tête de future maman trop heureuse, tu penses pas que le pire pourrait arriver.

Et pourtant…

Ça  a commencé par de légers saignements. L’infirmière d’Info-Santé appelait ça du spoting, terme jusque-là inconnu pour moi. C’est un phénomène qui peut survenir en début de grossesse. Tant que ça  ne devient pas du sang rouge clair, pas matière à s’inquiéter. Faque là, je me suis mise à paranoïer chaque fois que j’allais à la toilette, craignant le pire.

Et là,  c’est arrivé. Je perdais du sang. J’ai  ressortis les serviettes sanitaires que je croyais rangées pour les 9 mois à venir. L’infirmière du 811 m’a conseillé d’aller à  l’urgence. C’était un jeudi soir si je me souviens bien. Je me suis présentée à l’urgence vers 19h30.

L’infirmière au triage m’a posé quelques questions, m’a donné des serviettes hygiéniques et m’a envoyée m’assoir dans la salle d’attente de l’urgence en me disant de l’avertir si je remplissais une serviette à l’heure, car c’est signe d’hémorragie.

À côté de moi, y’avait un gars avec une jambe possiblement cassée, une fille qui avait avalé  des petits os de côtelettes de porc par mégarde  (wtf), des bébés qui toussaient, etc. Pis parmi tout ces beaux cas là,   y’avait moi. Assise sur ma petite chaise pas confortable. Le bas ventre qui me criait à l’aide en me graffignant  de l’intérieur. J’avais pas l’air malade. Les gens avec qui je jasais me demandaient ce que je faisais là et se sentaient gênés quand je disais que je faisais probablement une fausse-couche. Je semblais bien aller malgré tout. Et pourtant, je faisais des allers-retours à la toilette, la remplissant chaque fois de sang. Un déluge. Mais l’infirmière ne me croyait pas  car il n’y avait presque rien dans ma serviette…

Après 8 heures d’attente environ, sans encore avoir vu de médecin, je me suis tannée. Il devait être autour de 3h30 du matin. J’ai demandé à  mon chum de surveiller la porte de la toilette et je suis allée chercher l’infirmière pour lui montrer tout  le sang que je perdais. Elle a un peu fait le saut pis m’a dit : « Oh…ok! Est-ce que vous vous sentez bien? Allez vous assoir pis bougez pas de là, on va vous trouver une salle pour vous examiner. » Je répète que ça  faisait 8 heures que j’attendais…

On m’a alors installée sur un civière dans une salle où j’étais seule en attendant qu’un médecin m’examine. Après peut-être 1 heure, quelqu’un est enfin arrivé. Une femme, plus jeune que moi. Une résidente. Elle m’a posée quelques questions et m’a examinée, mais ne voyait rien tellement il y avait du sang. Elle est allée  consulter un médecin dans la salle d’à côté. J’ai encore attendu…Pour que finalement, elle revienne et me dise que j’ai dû faire une fausse couche. Que le foetus a dû sortir sans que je m’en rende compte.

Je n’ai pas eu d’échographie,  ni de curetage.  On m’a simplement donné 2 ou 3 empracet et on m’a dit de retourner lundi pour une échographie.

J’ai dû retourner chez moi aux petites heures du matin après 10 heures à  l’urgence. Dévastée et en pleurs parce que le petit bébé que je m’imaginais déjà bercer et qui avait bel et bien existé en moi, n’était plus là.  Enfin,  c’est ce qu’on me disait. Mais moi, je ne sais pas si c’était seulement l’espoir ou l’instinct,  mais je n’y croyais pas.

Le lundi matin, je ne saignais plus. Je me suis rendue comme convenu à  l’hôpital pour mon échographie. Et c’est par du personnel peu souriant et empathique,  que j’ai appris sur l’écran du moniteur,  que mon mini-bébé était toujours en moi…mais que son coeur avait cessé de battre. J’avais eu un décollement placentaire, ce qui avait causé l’arrêt de son petit coeur.

On m’a simplement dit d’aller attendre dans une autre pièce,  qu’on me ferait un curetage.

Une infirmière est finalement venue me voir pour me dire que vu que je ne saignais plus, donc que je n’étais plus en hémorragie,  on ne ferait pas de curetage. J’ai demandé à  discuter une gynécologue. On a refusé,  prétextant qu’elle était occupée à  l’étage des accouchements et on m’a dit que revenir le lendemain pour lui parler. Heille, là c’était juste trop…j’allais pas partir de là dans parler à  quelqu’un.  C’est mal me connaître.

Un homme, médecin généraliste je crois, m’a finalement rencontrée. Il m’a expliqué qu’avant 8 semaines de grossesse, on faisait rarement un curetage, sauf en cas d’hémorragie. J’étais à 6 semaines et demi et je ne saignais plus. Il m’a dit que la nature ferait son oeuvre et que « ça « allait sortir tout seul…que quand j’allais le voir dans la toilette, de le m’être dans un sac, de le congeler et de l’amener à  l’hôpital pour le faire analyser…sérieusement ??

J’ai donc attendu, une semaine, 2 semaines, 3 semaines…1 mois. Et un jour, j’ai littéralement accouché. Contractions intenses, vomissements et expulsion. Je ne sais pas si c’était le foetus ou le placenta, mais j’ai recueilli quelquechose…que j’ai mis dans un sac et je l’ai mis au congélateur. C’était horrible.

Finalement, je ne suis pas allée le porter à  l’hôpital.   Je ne voulais pas remettre les  pieds là. J’en ai disposé d’une façon que je trouvais plus convenable. Ensuite, me suis battue avec eux pour réussir à  avoir un billet du médecin afin de pouvoir aller au privé faire une échographie pour vérifier que tout était sorti. L’homme qui m’a fait l’échographie dans la clinique privée, était gentil et empathique. Je ne me sentais pas comme un numéro.  Dans mon ventre, il ne restait plus rien. Il m’a dit que je pourrais dès le mois suivant, refaire un essaie bébé.

J’ai fait venir mon dossier complet de  l’hôpital. J’avais envie de les poursuivre. Ça  n’avait pas de sens de faire vivre ça à une femme qui perd son bébé. Mais je ne l’ai pas fait. Ça  n’aurait servi à  rien.

Quand on perd un bébé,  que ce soit à  un mois ou plus, ça  fait mal. Pas juste physiquement. Mentalement surtout. Les gens autour, à  moins de l’avoir vécu eux-mêmes (je parle des femmes), ne comprennent pas à  quel point c’est difficile à vivre. Les hormones sont encore au maximum. Ton beau rêve s’est écroulé d’un seul coup. Et tu dois , même s’ils veulent juste être gentils, endurer les commentaires des gens qui te disent que ça arrive à  une femme sur 5, que t’es encore jeune pis que tu vas pouvoir te reprendre, que si le bébé n’a pas tenu, c’est parce qu’il devait avoir quelque chose de pas normal et qu’il était juste pas viable. Tu le sais que tout ça, c’est sûrement vrai. Mais ce que tu sais surtout, c’est que tu te sens vide par en-dedans et aussi très seule. Parce que même avec un conjoint,  on se sent seule pareil. Parce que pour lui, c’était pas encore du concret. Mais pour toi qui a ressenti sa petite présence en toi (parce que oui, même à un mois et demi, on se sent enceinte) , c’était déjà réel.

Faire une fausse-couche,  c’est un deuil. Un véritable deuil. C’est une perte qui implique un processus psychologique. Et malheureusement, dans notre système de santé, on n’a aucun suivi par la suite. Aucune aide ou soutien. C’est triste.

Je suis retombée enceinte deux mois après ma première fausse-couche.  J’ai vécu un début de grossesse rempli d’angoisse. Je m’attendais à devoir revivre ce cauchemar là encore une fois.

Aujourd’hui, j’ai deux autres grossesses à mon actif.  Je suis maman de deux belles grandes filles que j’ai menées à terme sans trop de problème. Et elles sont en pleine santé. Donc oui, malgré une fausse-couche,  il y a de quand même de l’espoir pour la suite.

Le seul conseil que je donnerais aux mamans qui  vivent cette situation présentement, c’est de pleurer. Acceptez d’avoir de la peine parce que c’est tout à  fait légitime, même si tout le monde autour semble trouver ça  banal. Parlez-en autant que vous voulez en n’ayant pas peur d’écoeurer votre entourage avec vote histoire…ça fait du bien d’en parler. Discutez avec des mamans qui l’ont vécue aussi, elles vous comprendront mieux que n’importe qui.

Et surtout, surtout… si vous attendez des heures à  l’urgence, donnez vous le droit de péter un plomb pour qu’on s’occupe mieux de vous. Parce qu’une femme devrait avoir  le droit de perdre son enfant dans des conditions aussi dignes que lorsqu’elle donne la vie.

  __ L’encre à la mère 

 

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Un commentaire sur « Faire le deuil de ce bébé qui ne sera jamais. »

  1. Comme je te comprends, j’ai perdu mon premier bébé (dans les toilettes) de la clinique médicale, j’étais sûre de l’avoir perdue, mais le médecin pensait que c’était juste des pertes de sang, et lorsque j’ai eu une échographie, le monde médicale s’est moqué de moi, je me suis sentie humiliée… Pourtant le test était positif, la perte était réelle, et le médecin lui même m’a osculté, j’étais bel et bien enceinte! Il y a de cela 11 ans, et je n’oublie rais jamais…😞

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